Santé — 19 juillet 2012
Un scientifique va se suicider pour ressusciter

Il s’appelle Ken Hayworth, il est directeur d’un labo à Harvard et il n’a qu’une envie : être immortel. Seul problème ? Pour prouver que son expérience fonctionne, il doit d’abord mourir.

 

Le rêve de l’immortalité

Ken Hayworth rêve d’une seule chose depuis toujours : percer le secret de l’immortalité. Pour y arriver, ce brillant chercheur s’est enfermé dans un laboratoire sans fenêtre et a fait fonctionner ses méninges. Et avant de poursuivre, il est bon de préciser que Ken n’est pas fou. Quand il était étudiant à l’Université de Californie, Ken Hayworth a inventé dans son garage une machine qui est changé la manière de découper et de scanner les cerveaux dans les microscopes à électrons. Il a travaillé 4 ans pour la NASA  et pour les chercheurs qui le connaissent, Ken :  « est un ingénieur extraordinaire, un scientifique qui étudie les choses en profondeur et un penseur créatif« .

 

Un cerveau informatique

Ken s’est confié au site Chronicle et a dévoilé son plan :

L’espèce humaine est sur le point de pouvoir télécharger l’esprit : nous allons conserver un cerveau, le couper en tranche, le simuler sur un ordinateur et le brancher sur le corps d’un robot. »

Et accrochez-vous bien, il veut que ce cerveau test soit son cerveau. Il veut que ses 100 milliards de neurones et ses 100 trillions de synapses finissent enfermés dans un bloc de résine couleur ambre. Et, c’était assez évident à prévoir : le propriétaire du cerveau doit d’abord mourir.

 

La plasticination

Pour préserver le cerveau, Ken Hayworth a inventé un nouveau procédé pour conserver le cerveau, et il a eu d’excellents résultats sur les souris. Ce procédé s’appelle la plasticination. Il s’agit de vider l’eau et la moelle épinière du cerveau et de le remplacer par une résine en plastique pur. Ainsi, chaque neurone, chaque synapse sera protégé jusqu’à l’échelle du nanomètre (soit au millionième d’un millimètre).

 

Conserver la mémoire, les émotions et la conscience

Pour Ken, le processus de plasticination permettra de conserver sa conscience, car même si son cerveau physique est détruit,  son connectome (le plan de toutes ses connections) sera conservé. Et pour beaucoup de scientifiques, le connectome contiendrait la conscience et pourrait expliquer la mémoire et les émotions. Sans oublier que ce processus permet aussi de conserver les nerfs rachidiens.

 

ken hayworth veut immortaliser son cerveau pour qu'il soit dupliqué et placé dans un robot

La résurrection

« Quand votre corps cesse de fonctionner, il commence par se cannibaliser. Il faut empêcher les enzymes de détruire les tissus. Et si tout fonctionne comme prévu, je serait un fossile parfait. »  Pour lui, ça ne fait aucun doute : dans 100 ans, les scientifiques connaitront la fonction de chaque neurone, chaque synapse et ils pourront reconstruire son cerveau sur ordinateur. Ce type d’opération sera aussi naturelle que la chirurgie laser pour corriger une myopie. « Il y a 100 ans, si quelqu’un avait dit qu’on aurait des satellites en orbite et des petites boites sur nos bureaux pour communiquer avec le monde entier, tout le monde l’aurait pris pour un original. »

 

La conscience est duplicable sur ordinateur

« Nos petits-enfants diront que nous sommes morts non pas à cause d’une maladie cardiaque, d’un cancer ou d’une rupture d’anévrisme, mais que nous sommes morts de manière pathétique par ignorance et superstition. » Ici, par provocation, il s’attaque à ceux qui pensent qu’il y a quelque chose de fondamentalement incompréhensible à propos de la conscience et que celle-ci ne peut donc pas être répliqué sur un ordinateur.

 

« Ce n’est pas un suicide, juste une pause. »

Avant de devenir « très vieux et très malade », Ken souhaite s’offrir une pause pour le futur. Il veut d’abord  faire la fête avec ses amis et sa famille avant de partir à l’hôpital où il sera anesthésié avant qu’on lui injecte un cocktail médicamenteux dans son système vasculaire. Le but ? Fixer chaque protéine, et lipide dans son cerveau, éviter la décomposition, et le tuer instantanément. Puis, on lui injectera une solution de métaux lourds pour que la membrane cellulaire devienne visible sous un microscope. Ensuite, toute l’eau sera aspirée de son cerveau ainsi que sa moelle épinière. Le tout sera remplacé par de la résine de plastique pur.  » Je veux donner aux gens la possibilité de prendre une pause avant d’être réanimé. Bien sûr, ce scénario ne se produira que s’il a la preuve que ça fonctionne.

 

Comprendre notre cerveau, c’est comprendre notre humanité

Encore une fois, Ken Hayworth est étonnant dans ses réflexions. « Voici ce qui pourrait arriver : nous allons comprendre comment fonctionne le cerveau comme nous comprenons comment fonctionne un ordinateur. A un moment, nous pourrions même comprendre que la chose à laquelle on s’accroche en tant qu’êtres humains (l’idée du moi, le rôle de la mortalité, et le sens de l’existence) est fondamentalement faux. » Et il apporte le coup de grâce : « La condition humaine m’horripile. Nous avons une vie très courte. Il y a peut-être des personnes intelligentes qui disent [à propos de la mort] : « c’est la condition humaine, il faut l’accepter » Mais je n’en fais pas partie. »

 

Conclusion

Depuis toujours l’homme a tenté de vaincre sa condition humaine et ce sujet a longtemps été une source d’inspiration pour la construction des mythes, ou un support idéal pour de nombreuses œuvres littéraires ou visuelles. Mais dans le projet de Ken Hayworth, il y a tout de même un détail qui me chagrine :  l’hypothèse que le connectome contiendrait la conscience, la mémoire et les émotions. La conscience pourrait tout aussi bien être logée dans les sinus ou la moelle épinière. Pour le savoir, il faut se donner rendez-vous dans 100 ans. Vivement que les scientifiques du futur arrivent à le faire parler pour voir s’il est bien complet et pas seulement un cerveau du 21e siècle qu fonctionne.

En savoir plus

Une page sur Ken Hayworth à l’époque où il faisait ses études à l’Université de Californie.

L’article en anglais très complet sur le site Chronicle

 

 

Articles similaires

Partage

A propos de l'auteur

Je suis journaliste en presse jeunesse et blogueur pour des sites sur les nouvelles technologies. Comme il me reste un peu de temps libre, je suis également responsable éditorial de Sciences-mag.fr. Je suis basé à Toulouse, et vous pouvez me contacter en utilisant ce formulaire .

(10) Commentaires de lecteurs

  1. Ce n’est pas parce qu’il est brillant qu’il n’est pas « fou ».
    De nombreuses personnes atteintes de troubles psychiques sont devenues brillantes dans leur domaine, quel qu’il soit (art, science, musique, politique…).

    • Qu’est ce que la folie ? De ne pas souffrir de la folie des autres ?
      Et pour Victor Hugo : « Une idée fixe aboutit à la folie ou à l’héroïsme.“ Seul le temps nous dira s’il est un héros ou un fou.

    • SVP, est ce que quelqu’un peut m’expliquer si comme il le croit, l’intelligence créé à partir du conectome sur informatique n’est pas juste la « même » mais est carrément l’originale, la seule, que se passe t’il si l’on parvient à obtenir le conectome sans suicide? On peut pas être deux..ou peut être que si..

  2. ok, je veux qu’on puisse recréer un cerveaux mai je pence pas que l’intelligence humaine puisse être recopier,si il réussit a transféré sont cerveaux il a de grande chance que son « nouveaux » lui reste inerte

  3. Je me pisse déjà dessus à l’idée qu’il reste inerte, tout mort, ou incroyablement diminué :D
    Je sens au fond de moi que l’esprit humain est bien plus immense que ce que ce scientifique pense.

    Il est dans un paradigme où tout est équation mathématique… Mais s’il pense que ce « connectome » est stockable, que la science est toute puissante, que tous ses souvenirs, ses ressentis (parfums, sensations) quand il se rappelle un moment de son enfance seront conservé… soit. Et s’il réussit (imaginons le), je serais de ceux qui ne l’envie pas.

    « que nous sommes morts de manière pathétique par ignorance et superstition. »
    C’est son avis, moi je dirais qu’il cherche l’immortalité car il manque de courage, car il ce sont ses peurs qui le domines…
    La mort est aussi une force, elle permet d’animer le cycle social (jeune révolutionnaire / vieux conservateur) pour que la civilisation des Hommes avance. J’imagine un monde dirigé par des vieux de 300 ans, ultraconservateurs, en espérant ne plus y être…
    La mort permet de devenir (le mot seul suffit), de créer…

    Qui dit immortalité dit contrôle absolu de la population par nécessité, donc plus de nouveaux enfants sur terre.
    Et moi c’est les enfants qui m’animent, ce sont qui me donne de l’espoir…

    Bref, désolé Ken Hayworth, j’ai 23 ans mais je suis déjà bien plus grand que toi, et si tu réussis dans ta pitoyable entreprise, puisse-tu vivre éternellement, désopilant, omniscient et tellement réaliste…

    • Bravo julius de tout coeur avec toi

  4. Pingback: Définir l’indéfinissable | PsyTimes

  5. Je n’ai trouvé aucune date du début du projet, c’est il déjà suicider ? Quand le feras t’il ?

  6. La science a déjà prouver que le cerveau n’est pas le siège de la conscience… http://www.scienceshumaines.com/la-conscience-est-elle-dans-le-cerveau_fr_24295.html

  7. Il faut voir le bon côté de ces avancées technologiques : on ne devra plus financer les pensions vu qu’on pourra bosser éternellement et en plus, on se tapera les mêmes collègues pendant des miliers d’années : tous nos chers retraité(e)s qui zônent actuellement sur Agoravox devront retourner au taf, qui à sa radio , qui à ses cours de géographie …. vont être vachement contents tiens !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>