Nouvelles-Technologies — 03 décembre 2013
Le premier cyborg officiellement reconnu par un gouvernement

Neil Harbisson est la première personne au monde à avoir une photo de passeport qui montre sa nature cyborg. Sur son passeport britannique, il porte une appareil sur la tête qui s’appelle un eyeborg. Cet artiste est atteint d’une maladie qui l’empêche de voir les couleurs, et il veut aider les autres cyborgs à protéger leurs droits.

Un bel exploit bureaucratique

Ceux qui ont déjà fait une photo pour un passeport savent qu’Harbisson a accompli un exploit qui semble bureaucratiquement impossible. D’autres personnes avec des appareillages cyborg sur la tête, comme Steve Mann, ont eu leur appareil retiré de force, et se sont vus refuser l’entrée dans certains bâtiments. Mais en ayant une photo de passeport avec un eyeborg sur le visage, Harbisson devient le premier cyborg reconnu. Si quelqu’un essaie de lui arracher son humanité augmentée, cet acte serait alors considéré comme un crime violent, du même tonneau que si on voulait le défigurer. C’est d’ailleurs ce qui lui est arrivé en 2011 en Catalogne, la police lui a cassé son Eyeborg car elle pensait qu’il s’en était servi pour filmer une manifestation. Et le plus incroyable, c’est que Neil Harbisson a obtenu son passeport en 2004.

Pourquoi Neil Harbisson est-il devenu un cyborg ?

Le site Dezeen a réalisé une interview fascinante d’Harbisson où il explique comment son corps s’est adapté à son appareil. L’Eyeborg fait désormais parti intégrante de lui.

Harbisson est né avec une maladie qui s’appelle l’achromatopsie. Cela signifie qu’il voit tout en nuances de gris. C’est un peu comme s’il regardait le monde sur un moniteur noir et blanc quand tout le monde peut le voir sur des écrans HD couleur. Il ne peut donc pas voir les couleurs des panneaux d’avertissement mais surtout, il a l’impression de rater l’esthétisme de son environnement. En tant qu’artiste, il est conscient que l’esthétisme affecte l’humeur et le comportement des gens. Ainsi, il y a une dizaine d’année, il a décidé de s’augmenter pour ressentir ce que les autres gens peuvent voir.

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L’eyeborg de Neil Harbisson

Le résultat ? Il peut voir d’une manière unique au monde. Son eyeborg convertit les couleurs autour de lui en ondes sonores, qui sont transmises à son oreille interne via un mécanisme vibrant positionné à l’arrière du crâne. Pour bien comprendre, Harbisson ne peut pas voir les couleurs, mais il peut les entendre et les ressentir :

Chaque couleur a une fréquence spécifique que je peux entendre grâce à l’Eyeborg. L’infrarouge est le son le plus grave, et l’ultraviolet est le son le plus aigu. Je les entends via la conduction osseuse. En gros, le son va à l’arrière de mon crâne et mon oreille interne entend les différentes ondes sinusoïdales.

Harbisson a senti que l’appareil était entièrement intégré à sa perception de lui-même quand il a commencé à avoir des réponses émotionnelles aux couleurs dans son environnement. Il dit aussi qu’il « rêve de couleurs ». Certains visages ou bâtiments sont particulièrement musicaux pour lui. Leur combinaison de tons et de couleurs crée des sons qu’Harbisson trouve plaisants. Enfin, il est parvenu à avoir ce sens de l’esthétique qui lui manquait. Le plus intéressant, c’est que sa perception d’une palette de couleurs plaisantes est inévitablement différente d’une personne qui voit les couleurs avec ses yeux.

L’évolution est en marche

L’Eyeborg devrait évoluer dans les années à venir. Il devrait bientôt se recharger tout seul grâce aux mouvements de son corps :

J’ai comme une prise USB que je mets à l’arrière de ma tête. Elle me permet de me brancher sur une prise. Il me faut 3 heures pour me recharger et je peux ensuite rester 3 ou 4 jours sur une charge, mais l’objectif est d’éviter l’électricité. Une des prochaines étapes est de trouver un moyen de charger la puce avec l’énergie de mon propre corps, ainsi je pourrais utiliser  ma circulation sanguine ou mon énergie cinétique – ou peut-être que l’énergie de mon cerveau pourrait recharger la puce dans le futur. C’est la prochaine étape : être capable de recharger la puce sans source d’énergie externe.

Les implants osseux sont peut-être le futur de l’augmentation de nos sens. D’ailleurs, les implants cochléaires utilisent une interface similaire. Harbisson spécule sur l’avenir des cyborgs :

Avoir un implant osseux nous donne un ressenti qui ne bloque pas les autres sens. Je pense que ça nous donne beaucoup d’option. De plus, avoir des capteurs à l’arrière du corps est très facile à réaliser en utilisant une technologie simple. ça pourrait nous permettre de ressentir ce qui se passe derrière nous. Ce qu’on aimerait voir ce sont de sgens utilisant de petits capteurs infrarouges qui vibrent pour vous avertir quand il y a quelqu’un derrière, ce qui créerait une perception à 360 degrés. Ils peuvent servir aussi pour s’orienter en ayant une petite boussole implantée qui vire à chaque fois qu’on se dirige vers le Nord par exemple.

Et en même temps, il faut que nos valeurs politiques et sociales ne se laissent pas dépasser par la technologie. Harbisson a crée la Cyborg Foundation pour aider les autres citoyens cyborg comme lui à protéger leurs droits.

Source :

L’interview passionnante sur Dezeen

La Cyborg Foundation

Photo de Neil Harbisson qui se recharge : Dan Wilton ; Photo dans sa voiture : Moon Ribas

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A propos de l'auteur

Je suis journaliste en presse jeunesse et blogueur pour des sites sur les nouvelles technologies. Comme il me reste un peu de temps libre, je suis également responsable éditorial de Sciences-mag.fr. Je suis basé à Toulouse, et vous pouvez me contacter en utilisant ce formulaire .

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