Espace — 20 octobre 2019
Voici le ciel le plus pur du monde

J’ai eu la chance de partir à l’autre bout du monde pour observer le ciel le plus pur du monde. Pourquoi est-il pur ? Que voit-on ? C’est là-bas que l’ESO a choisi de construire des observatoires.

 

 

Il faut savoir que je suis parti au Chili grâce à l’ESO, c’est l’acronyme anglais de l’observatoire austral européen. Les scientifiques de l’ESO ont choisi d’installer 3 observatoires au Chili. Pourquoi là-bas ? C’est au Chili que se trouve le ciel le plus pur du monde. Par une nuit sans lune, quand vous êtes dans un des observatoires de l’ESO, il est possible de voir son ombre projetée sur le sol grâce à la luminosité de la voie lactée !

Comment c’est possible ?

Autour des observatoires, il n’y a aucune pollution lumineuse. Ils se trouvent tous à plus de 150 km de la première ville et en plus, ces villes sont loin d’être aussi éclairées qu’en Europe. Je vous conseille de prendre une lampe torche pour vous repérer la nuit.

Les observatoires sont placés en altitude, à plus de 2400 mètres, car plus on est haut et moins il y a d’air et donc moins  d’interférences avec l’atmosphère.

Ces observatoires se trouvent aussi en plein milieu du désert d’Atacam, c’est le désert le plus sec du monde. Imaginez, pour que l’organisme soit bien, il faut un taux d’humidité entre 40 et 65%.  Dans ce désert, ce taux oscille entre 5 et 10%.

Ainsi, comme il y a moins d’humidité dans l’air, les observations sont encore plus précises.

Donc si un jour vous cherchez un bon endroit pour installer un observatoire, il faut trouver un lieu avec un ciel noir sans pollution lumineuse, en altitude avec un faible taux d’humidité.

Quand je suis arrivé à la Silla, le plus ancien observatoire européen au Chili, j’ai halluciné ! La nuit, en levant les yeux, je n’en revenais pas. C’était blanc d’étoiles ! Il y en a partout, des milliers ! Et pour voir la voie lactée, il n’y a aucun problème, On lève les yeux et elle est là dans toute sa majesté.

Il y a une raison pour laquelle on la voit si bien, c’est que le centre de la galaxie, c’est à dire la partie où les étoiles sont les plus nombreuses, est visible principalement dans l’hémisphère sud.

Si vous connaissez un peu les constellations, là bas vous êtes perdus. Car dans l’hemisphère sud, on voit d’autres étoiles, d’autres parties de la galaxie. Et, même si on a révisé avant de regarder le ciel, comme toutes les étoiles sont très visibles c’est très compliqué de se repérer.

Et quand on observe la voie lactée, il y a des taches sombres. Ce sont en réalité des nuages de poussières.

Mais j’ai appris là-bas, que les anciennes civilisations ne donnaient pas de nom aux constellations. Quand les incas regardent le ciel, la voie lactée est une rivière.  Et les ombres noires sur la voie lactée, sont les silhouettes d’animaux qui viennent s’abreuver à la rivière.

D’ailleurs sur les photos publiées, on voit toujours de jolies couleurs quand on regarde le ciel, alors que dans la réalité, le ciel est plutôt en noir et blanc et ressemble à ça. Mais ça reste très impressionnant.

Quand j’étais à La Silla, on fêtait les 50 ans de l’observatoire et le hasard du calendrier a voulu qu’une eclipse solaire se produise pendant que j’y étais.

La Lune est donc passée devant le soleil et a projeté son ombre au-dessus de cet endroit magique.

Pendant l’éclipse, l’ambiance se transforme. Plus la Lune recouvre le soleil, et plus il fait froid. Les lumières au loin sont magnifiques, on a l’impression que le soleil se couche d’un côté et se lève de l’autre pendant que nous, on se trouve dans l’obscurité. On est enveloppé par l’ombre de la Lune, on a l’impression d’être dans une cloche. la gamme de couleur est impressionnante. Le silence est beau et magique. Et dans le ciel ! Dans le ciel ! Il y a la couronne solaire qui danse. C’est à couper le souffle.

On est bien et on se sent tout à fait à sa place dans l’univers. La totalité dure un peu plus de 2 minutes et lentement, la lumière revient et nous extirpe à notre rêverie éveillée.

Si vous avez l’occasion d’assister à une éclipse totale de soleil, vous ne le regretterez pas, c’est vraiment une expérience à vivre et très compliquée à décrire.

L’observatoire de La Silla est mon préféré. Il faut imaginer qu’ils ont construit des installations incroyablement modernes et complexes dans un désert très difficile d’accès. Il a fallu amener l’électricité, créer des routes, apporter l’eau… Et das cette nature hostile, nous avons construits les instruments les plus puissants et les plus évolués technologiquement.  Ils sont capable par exemple de repérer des exoplanètes, c’est à dire des planètes qui tournent autour d’autres étoiles que le soleil.

Par exemple, à l’observatoire du Paranal, se trouve le Very Large Telescope,ou très grand télescope en français. Et il mérite bien son nom. Il est situé à plus de 2500 mètres d’altitude. Il est composé de 4 télescopes énormes, enfermées dans des enceintes de 28 mètres, c’est haut comme un immeuble de 10 étages ! Il peut voir un grain de sésame placé à plus de 400 km !

Et pour avoir une image aussi précise, ils calibrent leur instrument en créant 4 étoiles artificielles à 90 km avec des lasers. En observant ces étoiles, ils peuvent corriger les toutes petites déformations provoquées par l’atmosphère et ainsi obtenir des  images ultra-nettes.

D’ailleurs, en ce moment, ils construisent un télescope encore plus puissant.Il s’agit de l’Extremly  Large Telescope, le télescope extrêmement grand.

En 2025, à 3000 mètres d’altitude, il y aura cet immense télescope assez grand pour accueillir 3 arcs de triomphe. Et il sera haut comme un immeuble de 30 étages ! L’ELT est capable de détecter des astres qui émettent 16 fois moins de lumière que ceux qu’on détecte aujourd’hui. Et il peut voir loin. En astronomie, voir loin, c’est voir tôt dans l’histoire de l’univers. Il s’agit donc de la machine à remonter le temps la plus perfectionnée du monde.

Et il y a aussi ALMA, un réseau de 60 antennes géantes, placées à 5000 m d’altitude. C’est la plus haute construction humaine du monde. A cette altitude, il y a 2 fois moins d’oxygène qu’au niveau de la mer. Et le moindre geste devient fatigant. Ce radiotélescope peut détecter les objets les plus froids de l’univers.

Selon les lieux, les astronomes qui travaillent dans les observatoires sont logés dans des résidence adaptées aux conditions de vie. Ainsi, près d’ALMA, l’air de la résidence est enrichie en oxygène afin que tout le monde puisse travailler sans avoir de maux de tête.

Là ou il y a le VLT se trouve une résidence étonnante car elle est partiellement enfouie dans le désert. Quand on pénètre dedans il y a un dôme, une piscine et une atmosphère très humide. La piscine permet aux astronomes de se détendre au milieu du désert, d’humidifier l’air qui est très sec et elle offre également une réserve d’eau en cas d’incendie.

La nuit venue des planches de contreplaquées sont posées sur les fenêtres, les lumières à l’intérieur du bâtiment sont tamisées et une sorte de parapluie géant recouvre le dôme. Pendant ce temps, le VLT qui se trouve en surplomb peut observer les étoiles sans être gêné par les lumières de la résidence

Pour terminer, c’est ici que plusieurs scènes du film Quantum of solace ont été tournées, un James Bond avec Daniel Craig. Il reste d’ailleurs quelques rochers du tournage.


Articles similaires

Partage

A propos de l'auteur

Je suis journaliste en presse jeunesse et blogueur pour des sites sur les nouvelles technologies. Comme il me reste un peu de temps libre, je suis également responsable éditorial de Sciences-mag.fr. Je suis basé à Toulouse, et vous pouvez me contacter en utilisant ce formulaire .

(0) Commentaires de lecteurs

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>